- Laurent: Recherche de son vrai soi -
 

 

Jusqu'en novembre dernier, j'avais l'impression que ma vie était un puits sans fond, dans lequel je m'enfonçais chaque jour un peu plus et quoi que je fasse pour en sortir, je tombais de plus en plus vite.
Ma chute s'était accélérée depuis mon arrivée à TPE, je devenais de plus en plus complexé et paranoïaque. Voici quelques-unes des réflexions que je me faisais :
_ Je suis inintéressant, je n'ai vraiment rien à raconter, à qui que ce soit dans cette école.
_ Mes amis de lycée sont mes amis, uniquement parce que je ne dérange pas, mais à eux non plus, je n'ai jamais rien eu d'intéressant à raconter.
_ Quand quelqu'un rit derrière moi, c'est sûrement parce que je suis ridicule et qu'il se moque de moi.
_ Mes résultats scolaires baissent, je n'arrive plus à bosser, je n'y comprends plus rien.
_ Plus rien ne m'intéresse.
Et la liste est encore longue.
Bref !!! Un mal-être général, que je croyais dû au comportement violent qu'avait eu mon frère depuis bien longtemps et qu'il avait encore (et contre lequel je n'avais pas la force de lutter, alors que j'en avais largement les capacités).
Je me sentais donc de plus en plus seul et je continuais à vivre grâce à l'amour de mes parents et l'amitié de mes copains de lycée, à laquelle je croyais malgré tout. Mais je m'enfonçais encore et je commençais à ne même plus vouloir m'accrocher à ceux que j'aime le plus.
Et les filles dans tout ça? Je croyais que celle pour qui je craquerais, je ne l'avais pas encore rencontrée.
Un conditionnement tellement violent, qu'il finit par nous faire croire, que l'on est attiré par les filles, alors qu'on ne l'est pas.
Et puis un samedi matin, encore un peu plus gris que les autres, je mets la télé et tombe par hasard sur une émission, dont le titre est : « Et si mon enfant était homosexuel ? » Je commence à regarder et au fil des témoignages des invités, je sens mes larmes qui montent et je ne peux bientôt plus les retenir. Devant l'évidence, je suis bien forcé d'accepter que je suis homo et je crois avoir enfin trouvé la réelle source de mes problèmes…
Mais j'abandonne vite cette idée, car ma chute s'accélère encore : je ne peux en parler à personne, qui pourrait m'aider ? Je suis seul sur Terre. Il n'y a rien de pire que de croiser des milliers de gens chaque jour et de ne pouvoir parler à personne… Pendant deux semaines, je cherche le meilleur moyen d'en finir… Ah ! Si je pouvais m'endormir un soir et ne plus jamais me réveiller. Finalement, après un week-end chez mes parents, je manque le train qui doit me ramener à Lyon (décidément je ne suis vraiment bon à rien). Je rentre alors chez moi et m'enferme dans ma chambre, en espérant que mes parents essaieront de m'aider. Je vais tellement mal et je ne sais même pas pourquoi. Je vais me laisser mourir sur mon lit : « A quoi ça sert la vie ? Jamais je ne retrouverai le goût de vivre. »
Après 24h enfermé, je me lève. Une fois de plus, j'ai été trop lâche pour aller jusqu'au bout de ce que je veux. Dans l'après-midi, je vais sur Internet sur des sites gays et lis des témoignages et des courriers. Je comprends enfin la source de tous mes problèmes, d'autres sont passés par là, d'autres ont déjà ressenti exactement la même chose que moi. Leurs témoignages ressemblent tant à ma vie. Je ne suis pas seul. Je comprends tout. Je me sens tellement léger.
C'est à ce moment, sur le site de CG Lyon, que se termine ma chute. Là, sans que je le sache vraiment, tout vient de s'arrêter. Je n'irai pas plus bas…
Voilà pour mon histoire, certains penseront peut-être que j'en rajoute un peu. Possible, dans certains passages… Ce que je sais, c'est que je n'aurais pas tenu beaucoup plus longtemps. Je ne suis pas allé au bout de ce que je pensais être la seule solution… Je n'en ai pas eu le courage ou bien je n'étais pas encore tombé assez bas… Mais d'autres en ont le courage, d'autres sont tombés assez bas pour décider de tout arrêter… Que dire de plus ?
Quelques mois plus tard, je crois avoir remonté toute la pente à une vitesse incroyable (peut-être même un peu trop vite). Bien sûr, il y a encore des jours où ça va moins bien que d'autres. Mais maintenant, je sais qu'il y a des gens à qui je peux me confier… sans avoir peur de les décevoir, sans avoir peur de leur réaction…

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